Depuis le début de l'année 2018, des articles sur la dangerosité des arômes pour e liquide circulent dans les médias.

Mais qu'en est-il exactement ?
Existe-t'il des saveurs plus dangereuses que d'autres lorsqu'on choisit un e liquide aromatisé ou lorsqu'on confectionne soi-même son liquide de cigarette électronique ?


Nous allons donc essayer d'y voir plus clair sur la nocivité potentielle de certaines saveurs et démêler quelques nœuds de ce problème récurrent dans la vape en disséquant les points suivants:

  1. Les études sur les arômes utilisés dans les produits de la cigarette électronique
  2. Les études de l'université de Rochester
  3. Le point sur la dangerosité des arômes
  4. Doit-on avoir peur des arômes dans les e liquides ?
  5. La méthodologie des études
  6. Et si on parlait de la cigarette ?
  7. Eliminer les arômes dangereux de la vape


Les études sur les arômes utilisés dans les produits de la cigarette électronique


C'est sûr, vous n'avez pas pu rater les titres accrocheurs de nombreux sites évoquant une nouvelle étude alertant sur la nocivité éventuelle des arômes utilisés dans la vape.


Il n'y en a pas eu qu'une seule, on vous rassure.
Depuis 2015, ce sujet est régulièrement relancé dans les médias.

   Ainsi, les chercheurs de l'Université d'Harvard avaient testé 51 arômes pour y déceler la présence de diacétyle, d'acétoïne et de pentanédione.

Résultat, ils avaient détecté la présence d'au moins une de ces substances sur 47 des 51 produits testés.

L'alerte fut ainsi donnée en 2015 en ce qui concerne le diacétyle et sa potentielle implication dans le déclenchement de sévères maladies respiratoires...loin d'être prouvée comme vous pouvez le découvrir dans notre article sur le diacétyle.


   La même année, une étude émanant de l'Université de Rochester conclut que certains arômes utilisés dans l'ecigarette endommagent les cellules épithéliales des souris, avec mention spéciale pour la cannelle, les arômes fruités et sucrés.

L'alerte relayée sans fin dans les médias est ainsi lancée : la cigarette électronique endommage les poumons.


   En 2017, l'Université du Kentucky teste 55 composants d'arômes sur des cardyomyocites, cellules musculaires cardiaques, et pointe cette fois du doigt les saveurs agrumes, cannelle et clous de girofle pour conclure à leur potentielle nocivité sur le cœur, posant ainsi une question de méthodologie sur laquelle nous reviendrons.


   Puis l'Université de Virginie publie une nouvelle étude sur les effets de six parfums de cigarette électronique sur des têtards, concluant que certains avaient développé une fente labio-palatine, aussi connue sous le nom de bec de lièvre.
Nous apprenions alors que 20% des têtards exposés à des arômes de framboise, amande, caramel, vanille, biscuit et crème viennoise présentaient un bec de lièvre, et jusqu'à 70% pour ceux ayant été soumis à des arômes de céréales, baies, crème et citron.


On vous laisse libre appréciation sur cette étude fort utile pour les tétards qui n'en reviennent toujours pas !...


   En 2018, l'Université de Rochester publie une nouvelle étude dans laquelle les chercheurs notent une réaction inflammatoire significative sur les monocytes (globules blancs), cellules spécifiques du système immunitaire, au contact des arômes de vanille, cannelle et beurre ainsi que certains mélanges.

Les études de l'Université de Rochester


Loin de nous l'idée de minorer les conclusions des études ci-dessus évoquées mais on ne peut qu'être interloqué lorsqu'on fait le listing des études menées par l'université de Rochester sur la cigarette électronique.

Une simple recherche nous apprend que cette université présente un palmarès assez étonnant en la matière.

A ce jour et au fil de chacune des études menées, les chercheurs de cette université sont parvenus à la conclusion que :


     - la cigarette électronique et ses arômes endommagent les gencives et les dents

     - la cigarette électronique et ses arômes endommagent les poumons

     - la cigarette électronique et ses arômes ont un impact sur le système immunitaire

      - la cigarette électronique et ses arômes ont un impact sur la cicatrisation


On peut légitimement s'étonner de tant d'intérêt dans la recherche sur ce dispositif électronique.
Mais pas tant que ça en fait...

En approfondissant un peu, on apprend qu'en 2014, l'université de Rochester a reçu un budget de plus de 2 millions de dollars pour mener une série d'études sur la cigarette électronique et ses produits.

On pourrait se réjouir d'un tel investissement pour s'assurer de la sécurité de cette alternative au tabac si ce budget n'avait pas été attribué par la FDA (Food and Drug Administration – autorité de santé américaine) dans le but de mettre en place une réglementation basée sur des recherches scientifiques.

De là à comprendre que le Dr Irfan Rahman, à l'origine de la plupart de ces études ces 4 dernières années par le biais de son Rahman Lab, soit quelque peu tendancieux lorsqu'il conclut :


          « Actuellement, les arômes ne sont pas réglementés, et les noms des produits sont séduisants, des noms de bonbons, de gâteaux, de roulé à la cannelle et de mélanges mystérieux, qui attirent les jeunes.

            Nos découvertes scientifiques montrent que les arômes e-liquide peuvent et doivent être régulés et que les e liquides doivent avoir une liste descriptive de tous les ingrédients.
Nous exhortons les organismes de réglementation à agir pour protéger la santé publique.
»


Superposer les déclarations du Dr Irfan Rahman et la réglementation stricte que souhaite imposer la FDA aux e liquides en interdisant les saveurs sucrées, type bonbon, cannelle et café, jugées trop attractives pour la jeunesse, serait certainement faire preuve d'une certaine insolence !

On ne se le permettra pas mais on ne peut que souligner le fait que les deux études majeures sur les arômes publiées en un an émanent d'une université subventionnée par la FDA qui poursuit son programme de régulation de la cigarette électronique aux Etats-Unis et semble trouver l'appui des scientifiques mandatés.

Sur le site de l'université de Rochester, l'équipe du Dr Irfan Rahman se réjouit du partage impressionnant de sa dernière étude dans les médias du monde entier, publiant même des statistiques de diffusion:

          " Actuellement, l'article a été vu plus de 16 500 fois (en une seule journée) et plusieurs sources d'information ont écrit des articles et en ont rendu compte à travers le monde. ", peut-on lire.

Mission accomplie.

junk science

Le point sur la dangerosité des arômes


Si nous avons le droit de faire quelques "glissades" sur les études émanant de l'université de Rochester, il reste que les alertes sur certains arômes ont réellement existé.

En 2013, l'étude Clearstream Life conduite par les Dr Romano et Farsalinos pour Flavour Art avait révélé une légère cytotoxicité de l'arôme café à concentration maximale.

Aujourd'hui, le Dr Farsalinos, cardiologue investi dans la recherche sur la cigarette électronique, bien que fervent défenseur de la diversité des saveurs disponibles pour permettre au plus grand nombre d'adopter la vape, met tout de même en garde et invite les vapoteurs à doser leur e liquide avec modération lorsqu'ils le font eux-mêmes et ne pas abuser de la puissance de leur mod électronique tant que les données sur les arômes ne seront pas étayées.

Doit-on avoir peur des arômes dans les e liquides ?


A vrai dire, à l'heure actuelle les études scientifiques ne sont pas assez documentées pour être formelles et permettre d'exclure telle ou telle saveur.


Mais le peu que nous savons déjà nous éclaire sur la façon de gérer les appréhensions.

Ce que ces études mettent en lumière au sujet des arômes ne sont pas les goûts eux-mêmes.

Il ne rime à rien d'affirmer que l'arôme vanille, cannelle ou café est potentiellement nocif pour le vapoteur.
En fait, il serait plus juste de déterminer quel composant constituant un arôme vanille, cannelle ou café peut être potentiellement nocif.

Prenons par exemple, l'arôme vanilla custard originel de The Perfumer's Apprentice.
Sa composition exacte révélée par le fabricant lui-même est :

- propylène glycol

- vanilline

- alcool benzylique

- ethyl vanilline

- pipéronal

- benzoate de benzyle

- maltol

- acetoine

- acétyl propionyl

- butyrine

Au jour d'aujourd'hui, nous savons que dans cette composition, l'acétyl propionyl et l'acétoine seront éliminés par précaution, faisant partie de la famille des dikétones, tout comme le diacétyle précédemment évincé de nos liquides et arômes.

C'est ce que Perfumer's Apprentice (et la plupart des fabricants, voir l'arôme Vanilla Custard v2 Capella) a fait en proposant une seconde version de cet arôme custard épurée de ces deux composants.

Maintenant, si les scientifiques doivent alerter sur le potentiel danger d'un arôme vanille, ne devraient-il pas évoquer ici la vanilline, l'ethyl vanilline et le pipéronal qui donnent à cet arôme son goût vanille ?

De la même façon, si les scientifiques doivent alerter sur l'arôme cannelle dans les e liquides, ne devraient-ils pas plutôt évoquer le cinnamaldéhyde ?

L'éventuel souci des arômes se trouve dans les aldéhydes qui les composent.
Et les résultats d'études soumises jusqu'à ce jour ne peuvent se contenter de stipuler qu'il faut éliminer des arômes fruités ou crémeux mais quels aldéhydes précis contenus dans un arôme présentent une réelle toxicité, à quelle dose et selon quelle utilisation.

A l'exception du Dr Farsalinos et de Flavour Art, aucune étude n'est venue préciser quels sont les aldéhydes indésirables dans les arômes destinés à la vape.

aldehyde arome


La méthodologie des études


Par ailleurs, ces études se heurtent pour la plupart à une méthodologie discutable.

La plupart sont menées sur des souris, parfois même des tétards (!), en les exposant à de la vapeur produite par des machines à fumer.

Elles se veulent alarmistes tout en ne reproduisant pas les conditions réelles de l'utilisation de la cigarette électronique.
Et lorsqu'on sait qu'il suffit d'une résistance en surchauffe ou d'une mèche mal imbibée pour dénaturer un liquide et produire des substances toxiques, on peut questionner les scientifiques sur la véracité de leurs affirmations.


Quant à la dernière étude de l'université de Rochester, des cellules sont exposées aux diacétyle, cinnamaldéhyde, acetoine, pentanedione, o-vanilline, maltol et coumarine à différentes doses.

Nous ne sommes même pas dans un environnement lié à la cigarette électronique avant que des e liquides aromatisés et sans nicotine non identifiés soient à leur tour testés dans la foulée.

Ce simple essai permet aux auteurs de conclure que certains e liquides aromatisés présentent un potentiel danger à forte concentration.

Est-ce à dire que les arômes alimentaires auxquels nous sommes régulièrement confrontés sans même être vapoteur sont dangereux pour la santé à forte concentration ?...

Aromes alimentaires


Et parallèlement, en mars 2018, le Dr Farsalinos publie les résultats de sa dernière étude sur la présence d'aldéhydes dans la vapeur d'ecigarette en test réel avec des e liquides aromatisés et non-aromatisés et conclut :


          « Les e-cigarettes testées ici émettent de très faibles taux d'aldéhydes. Certains arômes peuvent contribuer aux émissions d'aldéhydes, mais les taux sont minimes.
Des méthodes validées doivent être utilisées lors de l'analyse des émissions de cigarettes électroniques.
 »


Son étude, elle, a démontré que les eliquides aromatisés produisent une émission de formaldéhyde, acetaldéhyde et acroléïne de 79 à 99.8% inférieure à la fumée de cigarette et également inférieure au taux d'aldéhydes contenu dans l'air que nous respirons quand de précédentes alertes dénonçaient la présence de ces substances toxiques potentiellement cancérigènes.

Aucun média n'a fait écho de cette étude à ce jour, pas même ceux qui avaient titré dans le monde entier "la cigarette électronique est cancérigène".

Et si on parlait de la cigarette ?


Les arômes de la cigarette électronique sont montrés du doigt. Ils sont dangereux. Ils sont toxiques. Ils risquent de déclencher des maladies irréversibles. La cigarette électronique est dangereuse !

Oui mais bon voilà, procède-t-on à de telles alertes quand on sait que la cigarette si généreusement mise à disposition de tous au grand plaisir de l'administration fiscale contient :

           - des fruits, du rhum, de la réglisse, du menthol, de la vanilline, du caramel, de l'ethyl maltol, de l'ethyl vanilline, de la vanille, du café, du citron, de la coriandre, du clou de girofle, de l'orange, de la cannelle, du cumin, du gingembre, de la noix de muscade, du citron...

297 arômes identifiés dans le tabac. Aucune alerte en vue...


Eliminer les arômes dangereux de la vape


Encore une fois les alertes concernant les arômes ne constituent pas un argument définitif.
A défaut d'études approfondies sur l'impact de certains aldéhydes sur la santé, on ne peut éliminer tel ou tel goût.

Et quand bien même nous saurions quel(s) aldéhyde(s) est problématique, d'autres éléments tels son dosage dans l'arôme, sa dilution dans le e liquide, le seuil de température à ne pas franchir... devraient également être précisés pour obtenir une évaluation de son seuil réel de toxicité.

Bien sûr, nous appelons vivement à la modération.
Ne fabriquez pas un e liquide en ajoutant 40 ou 50% d'arôme ! Ayez plutôt la main légère, évitez la surchauffe.

En conclusion

La multitude d'articles qui se succèdent au sujet des arômes à l'heure actuelle ne sont pas viables au moment où la FDA tente de les faire disparaître du marché américain, prétendant qu'ils sont un attrait pour la jeunesse.

Bien sûr, il est préférable de laisser fumer un jeune plutôt que de le tenter avec un goût de fraise tagada dans un liquide de cigarette électronique !

A moins qu'il soit encore plus malin de faire disparaître les e liquides aromatisés pour que les fumeurs n'entendent plus jamais parler de ce mystérieux engin qui fait de la vapeur et peut éventuellement se substituer à la cigarette...


Et vous, qu'en pensez-vous ? Etes-vous inquiet ou comprenez-vous certains enjeux ? N'hésitez pas à vous exprimer en commentaire !




Ressources:


Université de Rochester 2015 https://www.urmc.rochester.edu/news/story/4253/e-cigarette-vapors-flavorings-trigger-lung-cell-stress.aspx

Université de Rochester 2016 https://www.urmc.rochester.edu/news/story/4667/first-ever-study-shows-e-cigarettes-cause-damage-to-gum-tissue.aspx

Université de Rochester 2018 https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fphys.2017.01130/full

Université du Kentucky 2017 http://circ.ahajournals.org/content/136/Suppl_1/A20782

Université d'Harvard 2015 https://ehp.niehs.nih.gov/15-10185/